Les poids Ashanti — également appelés poids baoulé — incarnent un monde où économie, art, philosophie et identité étaient intimement liés, et où les objets portaient autant de sens que de fonction.
C’est cette alliance entre beauté et symbolique qui guide mon regard et me conduit à les intégrer dans mes créations décoratives, comme un héritage vivant à faire dialoguer avec le présent.
Issus des peuples Akan du Ghana et de la Côte d’Ivoire actuels, ces petits poids en laiton étaient utilisés du XIIIᵉ siècle jusqu’à la fin du XIXᵉ siècle pour mesurer l’or, principale monnaie de la région. Posés sur des balances délicates, ils garantissaient l’équité des échanges tout en révélant le haut niveau de sophistication des sociétés ouest-africaines précoloniales.
Mais les poids Ashanti n’ont jamais été de simples outils.
Les poids Ashanti: un langage symbolique
Coulés en laiton, les poids Ashanti prenaient la forme d’animaux, de figures humaines, d’objets du quotidien ou de motifs géométriques abstraits. Chaque forme était pensée, jamais anodine. Beaucoup représentaient des proverbes Akan, des leçons morales ou des principes sociaux.

Poids Baoulé en bronze, ancien outil de pesée de l’or, orné de symboles géométriques et spirituels. Chaque motif raconte une valeur, un proverbe, un équilibre entre l’humain, la communauté et le monde invisible.
À travers ces objets, la sagesse se transmettait visuellement. Le commerce devenait philosophie. La mesure devenait récit.
Posséder un ensemble complet et raffiné de poids Ashanti était un signe de richesse, de savoir et d’autorité morale. La précision était essentielle — non seulement sur le plan mathématique, mais aussi sur le plan éthique. L’équilibre était à la fois réel et symbolique.
Du Ghana à la Côte d’Ivoire : le lien Baoulé
L’histoire des poids Ashanti se prolonge naturellement en Côte d’Ivoire, portée par les déplacements des peuples Akan. Parmi eux, l’ethnie Baoulé occupe une place centrale.
Entre le XVIIᵉ et le XVIIIᵉ siècle, les Baoulé migrèrent depuis le royaume Ashanti à la suite de conflits politiques et dynastiques. Ils emportèrent avec eux un socle culturel commun : langue, organisation sociale, croyances spirituelles et un rapport profond à l’or, au symbole et à l’artisanat.
C’est pourquoi les poids Ashanti résonnent si fortement dans la culture Baoulé. Ils relèvent d’une même lignée civilisationnelle Akan.
Chez les Baoulé, l’or n’est pas seulement précieux : il est spirituel, social et ancestral. Les objets ne sont jamais créés uniquement pour leur utilité, mais pour leur capacité à transmettre des valeurs, à préserver la mémoire et à maintenir l’harmonie entre le monde visible et l’invisible.
Si les poids Ashanti étaient davantage répandus au Ghana, leur langage symbolique — équilibre, proportion, répétition, formes animales — trouve de nombreux échos dans les expressions artistiques Baoulé.
Des proverbes incarnés dans la matière
Dans les sociétés Akan et Baoulé, les proverbes structurent la vie. Ils guident les comportements, apaisent les conflits et transmettent la sagesse collective. Les poids Ashanti peuvent ainsi être compris comme des proverbes coulés dans le laiton.
Cette philosophie se prolonge dans l’artisanat Baoulé :
◉ La symétrie évoque la justice et l’équilibre
◉ La répétition symbolise la continuité et la filiation
◉ Les formes organiques rappellent le dialogue entre l’homme et la nature
L’artisan n’est pas seulement un créateur, mais un passeur entre passé et présent.
L’objet devient un message.
Des traditions vivantes, des formes en évolution
La colonisation et l’introduction de la monnaie frappée à la fin du XIXᵉ siècle ont marqué la fin de l’usage quotidien des poids à peser l’or. Beaucoup furent collectés, exportés ou exposés dans des musées. Pourtant, les traditions qu’ils incarnent n’ont jamais disparu.
Dans l’artisanat contemporain :
◉ Les matériaux évoluent
◉ Les usages se transforment
◉ Les formes se font plus épurées, plus modernes
Mais l’âme de l’objet demeure.
Lorsque des symboles inspirés des traditions Ashanti ou Baoulé apparaissent dans la décoration, ils ne relèvent pas d’un effet de mode. Ils sont des actes de continuité, des ponts entre savoirs ancestraux et création contemporaine.
Faire vivre l’héritage
Je puise mon inspiration dans l’héritage Ashanti non pas pour citer le passé, mais pour le réinterpréter, en offrant aux symboles anciens de nouveaux contextes et de nouveaux regards.
Ainsi, les poids Ashanti — et les valeurs qu’ils incarnent — poursuivent leur voyage :
De l’or au laiton
Des balances de marché aux espaces intérieurs
Des mains ancestrales aux artisans contemporains
Un rappel discret mais puissant que la tradition ne disparaît pas : elle se transforme.
Ce cheminement autour des poids Baoulé n’aurait pas été le même sans Ahétou Bijoux, dont la transmission et le regard ont été le point de départ de cette exploration.
Merci @Ahétou Bijoux✨🤍