Les cauris, ces coquillages qui ont traversé les océans et les siècles
Petits, lisses et brillants, les cauris ont parcouru les routes maritimes de l’océan Indien jusqu’aux côtes africaines. Utilisés pendant des siècles comme monnaie, ils portent aujourd’hui encore une mémoire faite d’échanges, de traditions et de voyages. Dans l’univers de MIYA, ces coquillages continuent leur chemin, entre histoire, matière et création.
Je me souviens de petits coquillages que l’on trouvait dans les marchés en Côte d’Ivoire.
Enfant, je les utilisais pour remplacer les jacks, un jeu que je jouais avec mes amies et ma sœur dans la cour de l’école en Jamaïque.
Dans les pays anglophones, ce jeu consiste à lancer une petite balle en l’air et à ramasser rapidement de petits objets avant qu’elle ne retombe. Traditionnellement, il se joue avec de petites pièces métalliques, mais les enfants improvisent souvent avec ce qu’ils ont sous la main.
Jeu de Jacks dans une cour d’école
Les cauris, par leur taille et leur forme, se prêtaient naturellement à ce jeu.
Je revois encore ces moments simples dans les cours d’école : les coquillages glissant entre nos doigts, les rires mêlés au bruit de la balle qui retombait sur le sol.
À l’époque, je ne savais pas encore que ces petits coquillages portaient en eux une histoire bien plus vaste — une histoire de routes maritimes, d’échanges entre les peuples et de traditions anciennes.
Et encore moins qu’ils deviendraient un jour l’un des éléments essentiels de mes créations.
Un coquillage voyageur
Les cauris proviennent principalement de l’océan Indien et du Pacifique.
Leur surface lisse, presque porcelaine, et leur forme délicatement arrondie leur donnent une présence singulière, à la fois simple et précieuse.
Pendant des siècles, ils ont circulé sur les routes commerciales de l’océan Indien.
Récoltés notamment autour des Maldives et de Sri Lanka, ils étaient transportés par les marchands vers les côtes africaines, où ils ont progressivement intégré les systèmes d’échange et les cultures locales.
Ces petits coquillages ont ainsi parcouru des milliers de kilomètres, portés par les courants maritimes et les réseaux commerciaux reliant les rivages de l’océan Indien à l’Afrique.
Une monnaie avant d’être un symbole
Entre le XIIIᵉ et le XIXᵉ siècle, les cauris ont servi de monnaie dans plusieurs régions du monde, et particulièrement en Afrique de l’Ouest.
Dans les empires du Ghana, du Mali ou du Songhaï, ils servaient à mesurer la valeur des marchandises, à régler certaines transactions ou à payer des impôts.
Leur succès reposait sur plusieurs qualités : leur solidité, leur petite taille qui facilitait leur transport, et leur forme lisse et brillante, facilement reconnaissable.
Par leur circulation à travers plusieurs continents, les cauris ont ainsi constitué l’une des premières formes de monnaie véritablement internationale.
De monnaie d’échange à objet symbolique, les cauris ont traversé les océans, les cultures et les siècles, portant avec eux l’empreinte des routes commerciales et des imaginaires humains.
Symboles et imaginaires
Libérés de leur fonction économique, les cauris ont continué d’exister dans les traditions et les cultures.
Dans plusieurs sociétés d’Afrique de l’Ouest, ils évoquent la protection, la prospérité ou encore la fertilité. Leur forme organique, presque sculpturale, a inspiré de nombreuses interprétations symboliques.
Les cauris apparaissent dans les coiffes, les textiles ou certaines parures, où ils peuvent marquer le statut social, accompagner des rites ou porter une signification protectrice.
Ils occupent également une place importante dans certaines pratiques divinatoires. Jetés sur une surface, leur position et leur orientation sont interprétées pour éclairer une question ou guider une décision.
Dans ces moments de consultation, les coquillages deviennent bien plus que de simples objets : ils sont considérés comme des médiateurs symboliques entre le monde visible et l’invisible.
Les cauris sont également cousus sur des vêtements, attachés à des objets ou intégrés à des amulettes protectrices. Leur présence est parfois censée attirer la chance, éloigner le mal ou favoriser la prospérité.
Ces significations multiples participent à la richesse culturelle qui entoure ces coquillages et expliquent pourquoi ils continuent aujourd’hui d’inspirer artistes, artisans et créateurs.
Entre mémoire et création
Aujourd’hui, les cauris continuent de voyager — non plus sur les routes commerciales, mais à travers l’art et l’artisanat.
On les retrouve dans les bijoux, les textiles ou les objets décoratifs, où leur présence évoque la mer, les traditions et les échanges entre les cultures.
Dans l’univers de MIYA, les cauris apparaissent comme des fragments d’histoire intégrés aux matières naturelles. Associés aux fibres végétales, cordes et poids Ashanti, ils prolongent une mémoire silencieuse, celle des voyages, des échanges et des traditions qui traversent les océans et les générations.

Ils rappellent que certains objets portent en eux bien plus qu’une simple fonction décorative : ils racontent des chemins, des rencontres et des mémoires.
Et parfois, ils réveillent aussi un souvenir d’enfance — celui d’un jeu improvisé dans une cour d’école, où de petits coquillages devenaient les trésors d’un monde à inventer.
La joie de jeux simples, de ceux que les enfants d’aujourd’hui ne connaîtront peut-être jamais, occupés qu’ils sont par les écrans, les téléphones et les réseaux sociaux.
Mais ça, c'est sur histoire pour une autre fois.